Plasticienne multimedia

Entre eutopie personnalisable et contenu prêt à l’emploi, les systèmes de communication et leurs signes fournissent une infinité de modèles ready-made qui ne demandent qu’à se démultiplier ; sources de protocoles, de collections et de réappropriation fractale.

Ici le signe se prend au pied de la lettre. Il s’agit d’incarner le Martien que Roland Barthes mentionne dans Le message publicitaire : débarquant sur notre planète avec une connaissance de la langue mais aucune connaissance de notre société, il reçoit les messages dénués de toute métaphore. L’imitation sert alors de protocole de production.
Le signe seul dévoile ses caractéristiques plastiques masquées par le sens ; il reprend sa forme d’objet originelle et mue sous ses aspects possibles. Quand il est multiplié dans une volonté d’effet de réel, cher au monde publicitaire, le protocole d’imitation amène l’expérimentation et questionne nos propres représentations : la société ainsi dépeinte semble sortir tout droit d’un roman d’anticipation et révèle la finesse de la frontière entre les systèmes positifs et négatifs de l’utopie.

Dans ce territoire de formes à la fois étranges et familières, tout est prétexte à contenu : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se consomme. On ne sait plus qui, de la boîte d’œuf ou du bouillon de poule, est apparu le premier.
On a mis de soi-même partout, tout est fécond, tout est dangereux, et on peut faire d’aussi précieuses découvertes dans les Pensées de Pascal que dans une réclame pour un savon*.

*Marcel Proust, Albertine disparue, in A la recherche du temps perdu, Paris : éditions Gallimard, 1989 (1925).

Myriam Boyer

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